en   MOT  dièse
petite  ANTHOLOGIE  de  poésie  et  de  musique  de  chambre

de Philippe MARTINEAU

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Uranus
( version 2016   -   10 quatrains )

« L’astre sombre et glacé qui pesait ainsi sur tous les points de mon être. »
            Marcel Aymé dans son roman « Uranus »



C’est quand je ferme l’œil que je te vois de près,
toi qui vogues sans lune au-delà de l’Espace.
Pour tout autre que moi tu n'es qu'un point qui passe
et ton nom, Uranus, reste ton seul portrait.

Ignorant d'où tu viens et quel est ton secret,
les faucons que je lance te prennent en chasse.
Mais tu les rends si lourds et leurs ailes si lasses
qu'ils ne t'échappent pas et te servent d'engrais.

Les âmes que je pleure et que revivre effraie
sont aussi, je le crains, captives de ta masse,
avant que d'autres deuils ne décuplent ta face
et la teneur en âme de ton minerai.

Souviens-toi du lépreux dont la vie empirait
et qui voulut un soir que je l'en délivrasse !
Qu'as-tu fais de son âme, alors que sa carcasse
incinérée pèse ici-bas dans un coffret ?

Et qu'as-tu fait de celle que je préférais
à tout, et qui dut me quitter pour toi hélas ?
Car depuis que mes jours sont privés de sa grâce
je secoue vainement sa cendre et son portrait.

Qu'as-tu fait de tous ceux qui sont partis après
et dont on cherche en vain l'immatérielle masse ?
Mais j'ai beau t'implorer du haut de mes échasses
ta course se poursuit sans halte ni arrêt.

Le lac et les roseaux désertent le marais
et la seule ombre au sol est celle d'un rapace,
avant que lui aussi ne me quitte et t'enlace
- comme l'on déjà fait les saules qui pleuraient.

Je vois que tout autour le monde disparaît
et que je reste seul au milieu de la place :
toi que la pluie préfère et que l'éclair embrasse,
tu viens de me ravir tout ce que j'admirais.

Est-ce à mon tour déjà ? Dois-je me tenir prêt
au milieu de ta ronde éternelle et vorace ?
C’est quand je ferme l’œil que ton orbite est basse
et que ton corps gravite de plus en plus près.

Ô que ce rêve éclate avant qu’il ne soit vrai,
avant qu'il ne me montre une autre de tes faces !
Mais voyant qu’aucun pleur désormais ne t’efface,
puisse l’œil qui t’a vu  dormir encore après !


in « Poèmes traduits du silence » édition 2016 (voir LIBRAIRIE)


par l'auteur (version 2016) à la Cave à Poèmes, le 10 octobre 2016 :

par l'auteur (version 2016) en studio :

par Gilles-Claude THÉRIAULT (version 2014) en studio :

Lire la version précédente de ce texte (version 2013 en 25 quatrains)
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