en   MOT  dièse
petite  ANTHOLOGIE  de  poésie  et  de  musique  de  chambre

de Philippe MARTINEAU

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Le chêne et le roseau
(parodie de la fable de LA FONTAINE)

– J’en ai plein le bulbe de vos glands ! jetez donc ailleurs vos gosses, lança le roseau à son voisin de chêne, lequel ne pouvant concevoir que des mots eussent pu sortir de terre chercha parmi les astres son interlocuteur.

– Il faut être bien éradiqué pour me parler de la sorte ! pensa-t-il en se grattant l’écorce. Mais quoique fort inquisiteur, son regard n’exorbita aucun astre. De tels propos désobligeants, conclut-il, La Fontaine les eût cédés à la rature  !

Le roseau, fort de la jurisprudence que lui conférait la Fable, saisit la juridiction éolienne pour trancher le cas. Un allié de taille que ce vent, se dit-t-il, pour tailler en pièces cet idiot de branchu !

Coupable ou non, l’important est d’être juge, telle était la devise que l’aquilon avait apprise en aérant quelque prétoire, et d’où lui est venue sa passion pour le droit.

Expert en courbettes, notre bulbeux se jette aux pieds du souffle oppresseur en épousant au mieux la bassesse du sol, tandis que le grand pourvoyeur d’ombre est pris d’un craquement sinistre, prélude à son effondrement... sur l’à-plat-ventriste ! qui, n’ayant point prévu le cas, ne sait quoi faire de son rire.

Triste roseau ! désormais potage au menu de quelque limaçon. Le chêne, quant à lui, obtient d’être incendié, qu’on lui épargne la peine d’être vu hors de son règne.

Ne restent que le vent et la terre nue, ainsi que l’affabulateur qui réclame son dû.


in « Pique-nique chez La Fontaine » - édition 2005

par Michelle MANET (bio) :
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