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petite  ANTHOLOGIE  de  poésie  et  de  musique  de  chambre

de Philippe MARTINEAU

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Le tétracardiophore

Comme son nom l'indique aux Grecs, le tétracardiophore, métazoaire à langue morte et à sang lourd, ne possède pas moins de quatre cœurs, un par amant.

Étant de conception horlogère, ces quatre organes requièrent d'être remontés périodiquement. Le remontoir, placé en saillie chez le mâle et en cachette chez la femelle, est d'une matière discourtoisement dure et couinante, ce qui lui vaut d'être recraché par les prédateurs de haut rang. Ajoutons qu'il est actionnable préférentiellement par tout sujet du sexe opposé, mais il arrive qu'il le soit par tout autre, y compris par le bénéficiaire lui-même ; le choix dépendant d'une glande située entre le rêve et la réalité, et que la rumeur du coin appelle " morale ".

Comme son nom se garde bien de l'indiquer, le tétracardiophore est si chatouilleux qu'à la moindre grossesse il accouche avant terme. L'infortuné fœtus adopte alors tous les attributs de la gent interstitielle, comme de vivre au fond des fissures et de s'accroître avec elles ; jusqu'à effondrement complet du mur porteur.

Faisant volontiers langue basse, le tétracardiophore se nourrit exclusivement de traces de pas. Celles de ptérodactyle alunissant constituent sans nul doute son mets favori, mais leur raréfaction à notre époque le rend hostile au progrès, fait qu'il tourne en rond sur la moquette et ne consomme plus que ses propres traces.



in « Le Tétracardiophore et autres historiettes » édition 2016 (voir LIBRAIRIE)

par Philippe LEJOUR (bio) :
(remarque : la video concerne une version antérieure du texte)
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